Analyse syndicale du Bilan-Faim 2025
Chaque année, le Bilan-Faim de Banques alimentaires Canada dresse un portrait saisissant de la précarité dans laquelle vivent des centaines de milliers de personnes d’un océan à l’autre. L’édition 2025 confirme une réalité inquiétante : l’insécurité alimentaire ne touche plus seulement les ménages à très faible revenu, les personnes assistées sociales ou les travailleurs saisonniers. Elle frappe désormais en plein cœur la classe moyenne, les personnes immigrantes, ainsi que les travailleuses et travailleurs en emploi atypique, ceux-là mêmes qui composent une part importante des membres de l’UES800.
Cette tendance lourde pose une question fondamentale : comment se fait-il qu’au Québec et au Canada, en 2025, on puisse travailler à temps plein… et devoir se tourner vers une banque alimentaire pour nourrir sa famille ?
Une pression économique qui écrase les ménages
Le Bilan-Faim 2025 montre une explosion de la demande d’aide alimentaire, portée notamment par la hausse continue du prix des aliments, l’augmentation du coût du logement, la stagnation des salaires dans plusieurs secteurs essentiels et l’accumulation de dettes personnelles chez les ménages.
Pour de nombreux travailleurs en emploi atypique : horaires coupés, temps partiel imposé, rotation constante, sous-traitance, absence d’heures garanties... cette pression devient insoutenable.
Et pourtant, ces personnes travaillent. Souvent beaucoup. Parfois plus que ce que leur santé permet. Mais elles ne parviennent plus à suivre le rythme d’un coût de la vie qui s’emballe.
Les travailleurs atypiques : les plus vulnérables… et les moins visibles
Le Bilan-Faim 2025 confirme une tendance bien connue des syndicats comme l’UES800 : les emplois atypiques, peu reconnus, mal rémunérés et souvent exercés par des personnes immigrantes ou des femmes, sont aujourd’hui parmi les plus touchés par l’insécurité alimentaire.
Ces travailleuses et travailleurs occupent des emplois essentiels : entretien, hôtellerie, restauration, soutien scolaire, manutention, etc. mais la réalité économique qu’ils vivent ne reflète aucunement l’importance de leur contribution.
Là où la classe politique parle « d’efficacité budgétaire » et « de rigueur », les chiffres démontrent que la rigueur, ce sont d’abord les familles qui l’encaissent avec une réduction de la taille des paniers d’épicerie, le report de factures, l’accumulation de dettes et des choix déchirants à faire entre nourriture, transport ou médicaments.
Dans plusieurs cas documentés, même les familles gagnant entre 40 000 $ et 70 000 $ par année doivent maintenant se tourner vers les banques alimentaires.
Le tabou de la pauvreté chez les travailleurs
Une nouvelle tendance émerge pourtant du Bilan-Faim 2025. La honte recule légèrement. Davantage de personnes osent demander de l’aide, comme si une vérité collective finissait par éclater : ce n’est pas l’individu qui est en faute, mais le système qui ne suit plus.
Dans nos milieux de travail atypiques, cette réalité est encore plus criante. Les horaires fractionnés, les quarts brisés, la précarité linguistique, le sous-salariat structurel ou l’absence de protections sociales adéquates créent un cocktail explosif.
Quand on gagne 19 $, 20 $ ou 22 $ de l’heure, qu’on travaille 32 ou 35 heures malgré un contrat « temps plein », et qu’on doit assumer un loyer à 1 500 $ ou plus, l’équation ne fonctionne plus, peu importe l’effort.
Un message clair : travailler ne devrait jamais mener à la faim
Ce que révèle le Bilan-Faim 2025, c’est que nous assistons à un basculement majeur : l’insécurité alimentaire n’est plus un problème « en marge ». Elle devient une réalité quotidienne pour des personnes qui tiennent debout des secteurs essentiels.
Le syndicat a un rôle crucial à jouer :
- Revendiquer des salaires qui suivent réellement le coût de la vie
- Défendre la stabilité des heures
- Lutter contre la sous-traitance qui fragilise les conditions
- Militer pour des programmes publics qui soutiennent les ménages plutôt que les pénaliser
- Donner une voix aux travailleurs qui vivent cette réalité, souvent dans le silence
Une société juste ne laisse pas ses travailleurs dépendre de paniers alimentaires pour survivre.
Si le Bilan-Faim 2025 nous apprend quelque chose, c’est bien ceci : l’insécurité alimentaire n’est plus un symptôme individuel, mais un indicateur structurel d’un marché du travail qui ne remplit plus sa promesse fondamentale : permettre de vivre dignement.
Et tant que cette promesse ne sera pas tenue, l’UES800 continuera de dénoncer, de revendiquer et d’agir aux côtés de ses membres pour que jamais un emploi à temps plein ne rime avec faim.