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Quand le froid mord : comprendre ses effets au travail pour mieux se protéger

17/11/2025
Communiqué de presse

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 Au Québec, l’hiver ne pardonne pas. Mais ce n’est pas une fatalité : les gelures, l’hypothermie et les accidents liés au froid peuvent être évités. Encore faut-il que les milieux de travail prennent leurs responsabilités, et que les travailleuses et travailleurs aient l’information nécessaire pour se protéger.

Il y a des matins où le froid ne pique plus : il mord. Les membres qui travaillent dehors le savent mieux que quiconque. Ceux des services d’entretien qui déneigent les entrées. Ceux qui chargent des camions dans les cours glacées. Ceux qui passent leur journée dans des entrepôts frigorifiques, où le vent ne souffle pas, mais où l’air sec aspire la chaleur du corps minute après minute.

Dans ces milieux, le froid n’est pas « une condition normale ». C’est un risque réel. Et trop souvent, on compte encore sur la résilience des travailleuses et travailleurs plutôt que sur une prévention structurée. Pourtant, les données scientifiques sont sans appel : le froid peut provoquer des lésions graves, parfois irréversibles.

Quand le corps perd sa chaleur : un mécanisme implacable

Le corps humain fonctionne comme un petit moteur thermique. Il doit maintenir une température interne de 37 °C pour que le cœur, les poumons et le cerveau fonctionnent normalement. S’il perd plus de chaleur qu’il n’en produit, l’équilibre se brise.

La CNESST identifie trois ennemis principaux :

  • La température
  • Le vent, qui balaie la mince couche d’air chaud qui protège normalement la peau
  • L’humidité, qui accélère les pertes de chaleur par conduction et évaporation
Les lésions dues au froid : ce que vivent nos membres

Les gelures

Les gelures sont probablement les lésions les plus connues, mais souvent mal comprises. Elles apparaissent d’abord sur les extrémités : doigts, orteils, oreilles, nez, joues.

Signes à surveiller :

  • Picotements et engourdissement
  • Plaques blanches ou jaunes
  • Perte de sensibilité
  • Peau dure, glacée ou cireuse
  • Cloques (dans les cas plus graves)

Une gelure superficielle peut se résorber si elle est traitée rapidement. Une gelure profonde peut entraîner la destruction des tissus, la gangrène et parfois l’amputation.

À -40 °C, une peau exposée peut geler en 5 à 10 minutes.

Les engelures et pieds d’immersion

Ces lésions surviennent lorsqu’on travaille dans un milieu froid et humide, même si la température est au-dessus du point de congélation. Les travailleurs qui portent des bottes mouillées, ou qui restent immobiles longtemps, sont les plus à risque.

La douleur est souvent vive et brûlante. Le pied peut devenir bleu, enflé, et des cloques peuvent apparaître.

L’hypothermie : le danger le plus sournois

L’hypothermie n’arrive pas seulement lors de tempêtes extrêmes. Elle peut survenir au-dessus de 0 °C, si les vêtements sont humides ou si la personne reste immobile longtemps.

Signes :

  • Frissons intenses
  • Maladresse, confusion
  • Parole difficile
  • Perte de coordination
  • Somnolence inquiétante
  • Pouls et respiration ralentis

C’est une urgence vitale. Et la personne touchée ne réalise souvent pas la gravité de son état.

Le froid rend le travail plus dangereux. Point.

Au-delà des gelures et de l’hypothermie, le froid augmente aussi le risque d’accidents :

  • Perte de dextérité avec les gants
  • Jugement affaibli
  • fatigue accrue
  • Surfaces glissantes
  • Manipulations plus difficiles
  • Outils impossibles à utiliser avec des mitaines

Dans certains milieux, travailler au froid peut aussi exposer aux intoxications au monoxyde de carbone, surtout lorsqu’on utilise un chauffage à combustion dans un espace mal ventilé.

Prévenir, c’est protéger des vies

Oui, s’habiller chaudement est important. Mais la CNESST est claire : la responsabilité première appartient à l’employeur.

Voici les mesures que tout milieu de travail devrait appliquer.

1. Aménagement du milieu de travail

  • Abriter les postes exposés au vent
  • Installer des abris chauffés accessibles
  • Isoler les poignées et surfaces métalliques
  • Chauffer les locaux intérieurs insuffisamment tempérés
  • Limiter les courants d’air dans les entrepôts réfrigérés

2. Organisation du travail

  • Alterner les périodes travail/réchauffement
  • Planifier les tâches extérieures lors des périodes les moins froides
  • Limiter la durée d’exposition continue
  • Prévoir une communication pour les travailleurs isolés
  • Réduire les tâches trop physiques pour éviter la transpiration excessive

Dans certains cas, le travail devrait simplement être interrompu : le tableau officiel prévoit de suspendre tout travail non urgent dès que l’indice de refroidissement éolien atteint -35 à -40.

3. Vêtements adaptés

  • Plusieurs couches plutôt qu’une seule
  • Textile près du corps respirant (pas de coton)
  • Couche extérieure coupe-vent et imperméable
  • Bottes isolées et antidérapantes
  • Mitaines plutôt que gants si le travail le permet
  • Protection complète du visage lorsque la peau pourrait geler en quelques minutes

4. Information et formation

Les travailleurs doivent savoir :

  • reconnaître les signes de gelure et d’hypothermie,
  • protéger leurs collègues,
  • et intervenir rapidement en situation d’urgence.

Le froid n’est pas un ennemi inévitable : c’est un risque à gérer

Les membres du 800 travaillent dans certains des milieux les plus exposés au Québec. Or, lorsqu’une employée d’entretien doit nettoyer une entrée extérieure par -32 °C sans endroit pour se réchauffer, il ne s’agit pas d’une fatalité climatique : c’est un manquement à l’équité et à la sécurité.

Lorsqu’un travailleur en entrepôt frigorifique n’a pas de vêtements adéquats, ce n’est pas un oubli : c’est une violation claire des obligations légales de l’employeur.

Et lorsque des équipes passent huit heures dehors avec des bottes mouillées ou sans pauses de réchauffement, ce n’est pas « la réalité du métier » : c’est une situation dangereuse qui peut mener à des incapacités permanentes.

Protéger les travailleuses et travailleurs du froid n’est pas un luxe. C’est un droit fondamental, inscrit dans la Loi sur la santé et la sécurité du travail.

Pour aller plus loin : ce que l’UES800 recommande

Documenter les situations dangereuses : photos, dates, température

Demander une évaluation de risques

Exiger un plan de prévention hivernal

Revoir les horaires, les pauses, et les équipements fournis

Et surtout, ne pas attendre qu’une gelure grave survienne pour agir