Communiqué de presse
Transport interurbain perturbé : La Québécoise décrète un lock-out

30 March 2026

Un lock-out annoncé par l’employeur sur son site Web entrera en vigueur dans la nuit du 30 au 31 mars 2026, entraînant l’interruption d’une ligne d’autobus reliant notamment Québec, Trois-Rivières et Sherbrooke.

Bien que l’unité de négociation visée ne compte que six chauffeurs, les conséquences du lock-out dépassent largement ce seul groupe de travailleurs. La ligne touchée dessert, en plus des grands centres, plusieurs municipalités, dont Drummondville, Victoriaville, Richmond et Windsor. Pour de nombreux citoyens, il ne s’agit pas d’un simple conflit de travail localisé, mais bien d’une rupture de service qui affecte des communautés entières.

 

Une négociation qui s’enlise

Les négociations étaient déjà au ralenti depuis plusieurs mois. Au total, seulement cinq rencontres ont eu lieu en sept mois, dont trois en présence d’un conciliateur du ministère du Travail.

« Le syndicat a proposé plusieurs dates dès le printemps. On a voulu avancer, mais ça a été très difficile de faire progresser les discussions », explique Sylvie Landry, représentante syndicale de l’Union des employé·es de service (UES800)

Selon le syndicat, les rencontres ont rapidement mis en lumière un manque de marge de manœuvre du côté des représentants patronaux. L’avocat de l’employeur ne semblait pas toujours disposer du mandat nécessaire pour faire avancer le dossier, ce qui a nui au déroulement des échanges.

« On a même dû interrompre une rencontre parce que le représentant patronal n’était pas en mesure de joindre son client. Dans ces conditions, il était impossible de faire avancer le dossier », explique Mme Landry.

« Mais la lettre de lock-out est signée par le président, M. Mathieu Gingras. Quand vient le temps de décréter un lock-out, il semble plus facile à joindre que lorsqu’il s’agit de faire avancer les négociations », conclut-elle.

Au coeur du litige : les salaires

Les demandes syndicales visaient notamment une progression des salaires, des ajustements concernant les vacances et les congés, ainsi qu’une amélioration des conditions de travail afin de mieux refléter la réalité du marché.

L’offre patronale proposait plutôt une convention collective de sept ans comprenant un gel salarial pour les salariés les plus anciens et une baisse de salaire pour les plus récents.

Ce sont les représentants syndicaux qui ont informé les membres de l’annonce du lock-out lors de l’assemblée générale de samedi, où les travailleuses et les travailleurs ont rejeté à l’unanimité la dernière offre patronale. Les membres ont perçu cette stratégie comme un profond manque de respect envers les travailleurs.

« On nous demande d’accepter de travailler pour perdre de l’argent, alors qu’on est déjà moins payés que chez d’autres transporteurs. On a l’impression de se faire avoir », déplore Carmen Painchaud, présidente de l’unité.

L’employeur n’a pas hésité à moderniser sa flotte d’autobus au cours de la dernière année. Mais derrière chaque véhicule, il y a des travailleuses et des travailleurs qui assurent, jour après jour, le transport des passagers, souvent dans des conditions exigeantes.

« Des équipements modernes, c’est important. Mais sans conditions de travail, c’est les chauffeurs qui tiennent le service à bout de bras », conclut Mme. Painchaud.

Un historique de relations de travail éprouvées

Ce conflit survient alors que d’autres différends opposent déjà les parties. Le syndicat indique que plusieurs griefs sont en cours avec l’employeur, notamment en lien avec des enjeux de respect de la loi, dont le paiement du temps supplémentaire.

Il rappelle également que l’entreprise a été reconnue coupable, en 2025, par le Tribunal administratif du travail, dans un autre dossier, d’avoir porté atteinte à des droits syndicaux. Une décision que l’employeur conteste et souhaite porter en appel.

« Nous soutiendrons nos membres face à cette technique d’intimidation. Ils peuvent compter sur nous. Je ne connais personne qui accepterait de voir son salaire stagner, ou même diminuer, pendant sept ans », affirme la présidente par intérim de l’UES800, Marie Deschênes.

Dans l’état actuel des choses, ce lock-out ne frappe pas seulement six chauffeurs. Il prive aussi plusieurs régions d’un lien de transport essentiel et révèle un rapport de force que l’employeur a choisi de durcir.

« Vous nous trouverez sur la ligne de piquetage. On ne reculera pas. On va se tenir debout jusqu’à ce que l’employeur choisisse enfin de négocier de bonne foi », conclut Mme Landry.