Communiqué de presse
Après sept ans d’intégration, dix travailleurs arrachés à Saint-Damien
27 February 2026
Dix travailleurs guatémaltèques, arrivés en 2019 pour occuper des postes d’opérateurs à l’usine IPL, ont appris aujourd’hui qu’ils devront quitter le pays dans un délai de trois mois.
Après sept années de travail, d’intégration et de contribution au Québec, on leur demande de faire leurs valises.
L’annonce a été faite lors d’une rencontre bouleversante entre l’entreprise, le syndicat et les employés concernés. Dans la salle, des collègues en larmes. Des travailleurs sous le choc. Une seule question : pourquoi ?
« Je me souviens les avoir accueillis en 2019. À l’époque, j’étais président de l’unité syndicale. On les a habillés pour l’hiver. On leur a expliqué la neige, les tempêtes, les bottes isolées. On leur a expliqué aussi notre façon de vivre ici », raconte Frédéric Morin le représentant syndical de l’Union des employé·es de service (UES 800). « La rencontre de ce matin a été la plus difficile que j’aie eu à vivre dans toute ma carrière. Parce qu’aujourd’hui, on ne parle pas de travailleurs de passage. On parle de gens enracinés qu’on arrache à leur communauté. »
Sept ans plus tard, ils parlent français. Ils travaillent six jours sur sept, parfois davantage. Ils comptent parmi les plus anciens de leur unité et occupent des postes essentiels à la production.
Dans un contexte de pénurie chronique de main-d’œuvre, la décision a de quoi étonner.
L’employeur reconnaît que la perte de dix opérateurs qualifiés représente un choc opérationnel majeur et affirme n’avoir jamais souhaité leur départ. Ces employés sont considérés comme des piliers de l’usine, reconnus pour leur rigueur, leur fiabilité et leur engagement.
Trois de ces travailleurs ont des enfants nés au Québec. L’un d’eux est en train de faire construire sa maison. Tous paient des impôts depuis 2019. Tous consomment localement. Tous participent à la vie communautaire.
Le maire de Saint-Damien-de-Buckland, Sébastien Bourget, ne cache pas son indignation. « Malgré nos représentations auprès du gouvernement, les réalités des régions ne sont pas entendues. On nous parle de pénurie, on nous parle de vitalité régionale, mais on retire des travailleurs intégrés après sept ans. Ce sont nos industries et nos municipalités qui paient le prix », affirme-t-il.
Pour le syndicat, ce cas démontre clairement les effets directs des nouvelles règles imposées par le ministre Roberge sur le renouvellement des permis de travail.
« Ce n’est pas un cas isolé. Ce qui se joue ici va se répéter ailleurs », prévient Marie Deschênes, présidente par intérim de l’UES 800. « On investit dans la francisation. On encourage l’intégration. Puis, après sept ans, on arrache des familles à leur communauté. Ce manque de cohérence va fragiliser nos régions et nos industries. »
À Saint-Damien-de-Buckland, on ne peut pas se permettre de perdre dix travailleurs expérimentés. On ne peut pas non plus accepter que des vies construites ici soient traitées comme des variables administratives.
« Ces travailleuses et travailleurs-là ne sont pas des dossiers. Ce sont des parents, des voisins et des membres à part entière de leur communauté », conclut Frédéric Morin. « Si on laisse passer ça sans réagir, d’autres suivront. »
Le syndicat, la municipalité et les travailleurs appellent la population à écrire à leur député et exigent des solutions concrètes.
Saint-Damien-de-Buckland a besoin de ces travailleurs.
Le Québec a besoin de cohérence entre ses discours et ses décisions.