Évènement
Fin du PEQ : quand le Québec change les règles en cours de route

3 February 2026

Pendant des années, le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) a été l’une des principales portes d’entrée vers la résidence permanente pour les travailleuses et travailleurs immigrants déjà établis au Québec. Il reposait sur une idée simple et cohérente : travailler ici, en français, contribuer à la société québécoise et pouvoir s’y établir durablement.

Pour des milliers de personnes oeuvrant dans les services essentiels comme l’entretien ménager, la santé, l’éducation, les services sociaux, et bien d’autres, le PEQ représentait bien plus qu’un programme administratif. C’était une promesse. Une trajectoire claire. Une forme de reconnaissance.

Un programme clair, remplacé par l’incertitude

Le PEQ permettait aux personnes qui répondaient à certains critères (emploi, maîtrise du français, expérience de travail ou d’études au Québec) d’accéder rapidement à la résidence permanente, selon un principe prévisible et transparent. Entre 2020 et 2023, ce programme a permis à des milliers de personnes par année d’obtenir leur statut permanent, souvent après avoir été recrutées directement par le Québec, ici ou à l’étranger.

En novembre dernier, le gouvernement du Québec a mis fin au PEQ et l’a remplacé par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ). Ce nouveau programme fonctionne selon un système de points et d’invitations, avec des rondes mensuelles et des critères beaucoup plus restrictifs : âge, niveau de scolarité, région d’établissement, secteur d’emploi prioritaire et statut jugé stratégique.

Résultat : aucune garantie, même pour les personnes qui travaillent déjà ici, parlent français et occupent des emplois essentiels.

Une réforme aux conséquences humaines très concrètes

Depuis l’annonce de l’abolition du PEQ, les témoignages se multiplient. Des travailleuses et travailleurs racontent l’angoisse, l’incompréhension, la peur de devoir quitter le Québec après y avoir bâti leur vie. Plusieurs ont vendu leurs biens, déplacé leur famille et accepté des emplois difficiles, souvent précaires, avec l’assurance qu’un chemin clair menait à la résidence permanente. Aujourd’hui, ce chemin est fermé.

Dans le réseau de la santé, des centaines de permis de travail arriveront à échéance dans les prochaines années. Des syndicats craignent déjà des fermetures de services, de CHSLD ou d’unités complètes. Dans les services d’entretien, de soins, de soutien et de proximité, la situation est tout aussi alarmante : ces emplois, majoritairement occupés par des personnes immigrantes, sont rarement favorisés par les nouveaux critères du PSTQ.

Pourtant, ce sont ces travailleuses et travailleurs qui tiennent les services publics et privés à bout de bras.

Une responsabilité que Québec refuse d’assumer

Le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, affirme vouloir « faire baisser l’angoisse », tout en refusant catégoriquement d’instaurer une clause de droits acquis pour les personnes déjà engagées dans le parcours du PEQ. Il soutient que le PSTQ est plus « agile » et que le problème relève surtout du gouvernement fédéral, notamment en ce qui concerne le renouvellement des permis de travail.

Or, ce sont bien les décisions du Québec qui ont changé les règles du jeu. Et ce sont les travailleuses et travailleurs qui en paient aujourd’hui le prix.

Les syndicats, les municipalités, le milieu des affaires, les groupes communautaires, les partis d’opposition et même des employeurs réclament tous la même chose : une clause grand-père, simple, humaine et juste, pour les personnes déjà établies ici.

Une mobilisation qui s’organise partout au Québec

Face au refus répété du gouvernement d’instaurer une clause de droits acquis, la colère et l’inquiétude ne cessent de grandir. Et cette fois, elles se traduisent par une mobilisation d’envergure. Ce samedi 7 février, des manifestations auront lieu dans huit villes à travers le Québec, à l’initiative de Le Québec c’est nous aussi, avec l’appui de plusieurs organisations syndicales, dont la FTQ la CSN et la CSQ. Des personnes directement touchées par l’abolition du PEQ, des travailleuses et travailleurs immigrants, ainsi que leurs allié·es descendront dans la rue pour exiger ce que le gouvernement refuse toujours d’accorder : une clause de droits acquis.

Partout, le message est le même :
on ne peut pas recruter des travailleuses et travailleurs à l’étranger, les intégrer dans nos milieux de travail, leur faire miroiter une stabilité, puis les plonger dans l’incertitude du jour au lendemain. Une clause de droits acquis n’est pas un recul. C’est un geste de justice, de cohérence et de responsabilité envers les travailleuses et travailleurs qu’on a recruté et à qui on a fait des promesses.

Cette mobilisation dépasse largement un seul secteur. Elle rassemble des travailleuses et travailleurs de la santé, des services, de l’éducation, du communautaire, des entreprises privées et des services publics. Elle met en lumière une réalité que le gouvernement semble refuser de voir : sans ces personnes, des services essentiels ne tiennent tout simplement plus.

La mobilisation de ce samedi envoie un signal clair au gouvernement : la fin du PEQ n’est pas un simple ajustement administratif. C’est une décision politique aux conséquences humaines, sociales et économiques majeures.