Bulletin aux membres
Démission du premier ministre François Legault 

14 January 2026

Être premier ministre du Québec, c’est porter une charge immense. Peu de gens sont prêts à s’exposer aussi longtemps aux crises, aux critiques et au jugement quotidien. On peut contester le bilan du gouvernement Legault sans pour autant mépriser la fonction. Et sans prétendre que tout a été négatif, force est de constater que, dans la dernière année, l’approche du gouvernement a glissé vers une gouvernance plus fermée et plus abrasive, où les décisions unilatérales ont trop souvent remplacé l’écoute et la concertation. 

La démission de François Legault survient dans un contexte d’essoufflement politique marqué pour la CAQ, qui se retrouve au plus bas dans les sondages et amorce maintenant une course à la chefferie. Pendant cette transition, le premier ministre a indiqué qu’il resterait en poste jusqu’à la nomination d’un nouveau chef ou d’une nouvelle cheffe. 

Ramener le dialogue social

Plusieurs organisations syndicales ont accueilli ce départ comme la fin d’un cycle de confrontation et demandent clairement un retour à la concertation. Dans son communiqué, la FTQ parle d’un besoin urgent de renouer avec la population et de rétablir le dialogue social, en plus de réclamer l’abandon de politiques ayant créé le désordre dans les derniers mois. 

Dans la même veine, la présidente de la FTQ, Magali Picard, a martelé que le mouvement syndical ne se laissera pas museler par des projets de loi visant à restreindre l’action collective :
« Aucun projet de loi, rien ne va museler la FTQ. » 

Derrière la formule, le message est simple : les travailleuses et travailleurs ont besoin d’un gouvernement qui écoute, qui négocie et qui cesse de gouverner contre celles et ceux qu’il est censé représenter. 

Qu’est-ce que ça change, concrètement ?

Dans l’immédiat, la mécanique de l’État continue. Les dossiers avancent, les projets de loi suivent leur trajectoire parlementaire, les négociations et les litiges aussi. Sur le plan strictement administratif, la démission du premier ministre ne crée pas automatiquement un arrêt des travaux. 

Cela dit, cette période ouvre une zone de turbulence politique : un gouvernement toujours en place, mais affaibli, et une machine gouvernementale qui cherche un second souffle. 

Qu’en est-il des projets de loi contestés ?

Il ne faut pas s’attendre à un revirement spontané. 

En entrevue à 24 heures en 60 minutes, le ministre du Travail, Jean Boulet, apparaît campé sur ses positions. Malgré plusieurs relances de l’animatrice Anne-Marie Dussault, le ministre est resté sur une ligne très similaire à celle qu’il répète depuis des mois, laissant peu de place à l’idée d’un changement de ton à court terme. 

Autrement dit, tant que le nouveau chef ou la nouvelle cheffe de la CAQ n’est pas choisi, tout indique que le ministre du Travail maintiendra sa trajectoire. Le véritable point de bascule, s’il doit y en avoir un, viendra plus tard, au moment où la nouvelle direction politique fixera ses priorités, son ton et, surtout, sa volonté (ou non) de renouer avec les organisations de travailleurs. 

Rester vigilants, sans tomber dans le cynisme

La démission de François Legault n’est pas une occasion de relâcher l’attention. Au contraire. Les prochains mois nous diront si la CAQ choisit la voie de l’ouverture et de la recherche de compromis, ou si elle persiste dans une logique de passage en force. 

Notre rôle, comme mouvement syndical, est de rester vigilants et de rappeler une vérité simple : les travailleuses et travailleurs sont le moteur du Québec. Si le gouvernement veut réellement démontrer une volonté d’apaisement et d’ouverture, cela passera par de vraies rencontres, de vraies discussions, de vrais compromis, et l’abandon des projets qui visent à affaiblir les contre-pouvoirs et à effriter notre État de droit.